Allez ! Je m'attaque à un best-seller en évitant de réveiller la querelle sur la littérature populaire qui se vend et la littérature avec un grand L boudée par les lecteurs. Avant de lire cette Vérité je vois sur la couverture "Prix Goncourt des Lycéens", un Goncourt, bon des lycéens mais un Goncourt tout de même. Encore plus fort "Grand Prix du roman de l'Académie française" et là je me dis l'Académie c'est du lourd, ils ne vont pas donner leur prix à un roman écrit dans un Français approximatif et un style banal. J'avais entendu les critiques du Masque et la Plume sur France Inter parler de l'absence de style de Joël Dicker et je me suis dit que comme d'habitude ils se la jouent "un livre qui se vend, beurk". 

La_Verite_sur_l_Affaire_Harry_Quebert

Je commence à lire le roman et je me dis non ils ont raison, Joël Dicker n'a pas de style. Il écrit de façon efficace mais sans aucun souci de mettre en valeur la langue française, ni aucun lyrisme. Je suis mal parti pour éviter la polémique.

Je rentre petit à petit dans le gros bouquin et là je me laisse prendre par l'histoire. La langue est simple, mais la construction est loin de l'être. Déjà d'un point de vue de la chronologie, malmenée par l'auteur qui nous entraîne du mois d'août 1975 à octobre 2008, avec des allez-retour incessants. L'histoire n'est pas plus simple, elle sollicite le lecteur, l'entraîne, le déstabilise, le met dans sa poche et lui fait découvrir des vérités sans cesse remises en cause avant d'atteindre La Vérité annoncée par le titre. Qui plus est le livre se déroule à plusieurs niveaux, entre le livre d'Harry Quebert "Les origines du mal" et celui qu'écrit Marcus Goldman, jeune auteur qui vient d'écrire un roman à succès et à perdu l'inspiration.

Ce roman est une oeuvre impressionniste, vu de près au fil de la narration, le lecteur aura du mal à comprendre, c'est lorsqu'il regarde l'ensemble que l'image lui apparaît avec toutes ses nuances. Vous allez changer d'opinion de nombreuses fois sur les personnages, les principaux comme les secondaires, tout au long des 800 pages du livre.

Le style ne m'a gêné que dans les textes relatifs aux amours du grand écrivain et de la lolita Nola Kellergan. Je trouve qu'Harry s'exprime comme une midinette, nous sommes loin des lettres de Camus à Maria Casarès. C'est un peu dommage mais le grand écrivain essaye peut-être de se mettre au niveau de l'adolescente dont il est amoureux.

Le roman plus que la vérité sur Harry Quebert nous présente la vérité sur Nola Kellergan, elle est au centre du roman nous présentant des faces contradictoires que nous comprenons au fil du récit. Joël Dicker fait preuve d'une belle maîtrise dans ce dévoilement qui nous tient en haleine tout au long des nombreuses pages de cette oeuvre.

Mais le roman est aussi une réflexion sur l'écriture, sur la marchandisation de la littérature, sur l'inspiration et l'admiration vis-à-vis d'un maître idéalisé, dont on ne saura qu'à la fin s'il méritait bien cet excès d'honneur. De ce fait je recommande sa lecture aux auteurs débutants. Moi il m'a rassuré, pas besoin d'écrire comme Le Clézio pour produire un roman. Chacun à son niveau, il faut de tout pour faire un monde.