Je viens de relire Cinq petits cochons d’Agatha Christie en anglais. Un roman qui est beaucoup plus qu'un simple texte divertissant.

 

5 cochons

Je vous en rappelle l'intrigue :

Hercule Poirot reçoit la visite de Carla Lemarchant, de son vrai nom Crale.

 La jeune femme, qui est sur le point de se marier, veut connaître la vérité sur la mort de son père, Amyas Crale, un peintre à succès qui a été empoisonné seize ans auparavant. Sa femme Caroline, la mère de Carla, a été condamnée pour ce meurtre. Lors du procès, Caroline a affirmé être innocente, mais en se défendant très mal. En outre, elle avait un mobile évident : son mari allait la quitter pour sa maîtresse, beaucoup plus jeune qu’elle. Elle est morte peu après sa condamnation, après avoir transmis une lettre à sa fille dans laquelle elle l’assure de son innocence.

Poirot accepte de reprendre l'enquête, ne se basant que sur les témoignages et les écrits, puisque les indices matériels ont disparu. Après la consultation des acteurs de l’enquête et du procès (avocats, procureur, greffier, commissaire, témoins), il arrive à la conclusion que si Caroline est innocente, il n’existe que cinq coupables potentiels, tous présents le jour du meurtre.

Comme tous les romans majeurs de cette auteure, je l’avais lu plusieurs fois en français il y a pas mal d’années de cela. La relecture dans la lange d’origine a le mérite, dans la mesure où ma lecture devient plus attentive car beaucoup moins naturelle, de mettre en relief des points qui ne m’avaient pas frappé antérieurement. Au passage, je voudrais dire que les romans d’Agatha Christie sont relativement faciles à lire en VO, avec un niveau moyen en anglais, et que je les conseille à ceux qui veulent pratiquer la langue de Shakespeare tout en passant un bon moment de lecture.

 Tout d’abord, la rigueur avec laquelle la romancière conduit le lecteur vers le coup de théâtre final, tout en semant les indices permettant de résoudre l’énigme. Elle ne triche pas, mais, comme un prestidigitateur, elle détourne avec talent l’attention du lecteur. Toute la surprise au moment du dénouement vient de là. Une relecture attentive, une fois que vous connaissez le coupable, vous permet de voir que tous les éléments importants conduisant à la vérité étaient à votre disposition.

Le fait que le crime se soit déroulé seize ans plus tôt, permet à Poirot d’atteindre la quintessence de sa méthode déductive. Ici pas d’empreintes, pas de traces de pas, pas de mégots de cigarette. Bref pas de ces indices que le dé

tective belge méprise (bien qu’il les utilise parfois) et qui faisaient les délices de Sherlock Holmes, les petites cellules grises et rien qu’elles.

 Un autre point qui m’a frappé consiste en ce que les critiques littéraires intelle

ctuels appellent « la mise en abyme ». Pour mener son enquête Poirot se présente à plusieurs témoins comme cherchant des éléments destinés à écrire un livre sur le meurtre. Un roman dans le roman en quelque sorte. Au fond c’est bien de cela qu’il s’agit, le détective enquête pour permettre à l’auteur d’écrire son récit. C’est un peu comme si l’auteure nous décortiquait le processus de création d’un roman policier. Effet renforcé par le fait que Poirot demande aux principaux protagonistes d’écrire leur propre vision des événements ayant précédé le crime. Récits sur lesquels il s’appuie pour découvrir la vérité. Le roman est donc composé de la narration des recherches du détective pour l’écriture d’un supposé livre, mais dont nous, lecteurs, savons qu’il existe puisque nous sommes en train de le lire, et des témoignages écrits des différents protagonistes/suspects de l’affaire.

 J’ai bien aimé, aussi, le clin d’œil que nous adresse, à nous lecteurs, Agatha 

Christie lorsque devant les interrogations que soulève sa démarche, Poirot explique que les lecteurs sont malheureusement friands d’histoires sordides avec des meurtres sortant de l’ordinaire et qu’il faut bien écrire des histoires qui se vendent. Là elle nous tend un miroir tout en ne se prenant pas au sérieux. Et que dire de la fin, que je ne dévoilerai pas soyez rassurés, qui rétablit la vérité mais probablement pas la justice.

 

Bref, un petit chef-d’œuvre malicieux de la littérature policière à énigme. Chapeau bas devant la Reine du crime. J’aimerais être capable d’écrire un bouquin de cet acabit.