Dans une précédente chronique je disais à propos d’un roman de Pierre Magnan qu’il y avait du Giono chez cet auteur. Je ne savais pas encore que ces deux auteurs avaient été proches et que Magnan professait une très grande admiration pour son aîné. L’ancien étudiant en littérature que je demeure malgré les années qui s’écoulent est assez fier d’avoir détecté cette filiation.

Mais cela m’éloigne du sujet de ma chronique. Dans Élégie pour Laviolette, nous retrouvons le commissaire que nous avons connu retraité en activité, Pierre Magnan comme Simenon en son temps se moque complètement de la concordance temporelle de ses romans. En effet, l’action se passe clairement 

dans les années 2000 (crise financière et utilisation d’un ordinateur) alors que le précédent dont je vous ai parlé se déroulait dans les années 60. En son temps Maigret enquête pour aider son neveu alors qu’il coule une retraite paisible à Meung sur Loire dans un environnement clairement d’avant-guerre, puis, alors qu’il est encore en activité regardera la télévision avec sa femme. J’aime ces auteurs qui ne songent qu’à leur récit en se moquant des contraintes qui pourraient les brider.

Le roman est précédé comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire sur ma page, d’une longue préface dans laquelle l’auteur explique comment il a obtenu le prix du quai des Orfèvres en 1978 après avoir connu des échecs avec ses précédentes œuvres. Ce texte dans lequel Pierre Magnan décrit son étonnement et la spirale dans laquelle le prix l’entraîne est très réjouissante pour les auteurs en mal de reconnaissance. Il leur laisse des espoirs pour l’avenir, tout en prenant une distance réjouissante avec le microcosme littéraire parisien.

Le roman lui-même est original à plus d’un titre. Tout d’abord il n’est même pas certain qu’il y ait eu des crimes et, si tel est le cas, le nom du coupable apparaît rapidement.

En fait le texte musarde au gré des déplacements de Laviolette, au volant de son antique 2CV, et de son éternel acolyte le juge d’instruction qui paiera de sa personne dans ce roman. C’est toujours la région de Digne qui figure au centre du récit, presque un personnage à elle seule. L’intrigue reste bien présente, mais au second plan un peu comme un prétexte aux réflexions du commissaire, (le récit est à la première personne) sur les paysages, le temps qui passe, la beauté des femmes et le goût du bon pain d’autrefois. L’auteur ne recule pas devant l’utilisation du subjonctif, ni de mots peu courants. Vous apprendrez par exemple au passage ce qu’est une tontine’’, pratique désuète qui structure une partie de l’intrigue.

Une douce mélancolie baigne ces pages, il ne faut surtout pas avoir peur de voir le temps s’étirer en lisant ce roman. Amateurs de thrillers violents au rythme trépidant passez votre chemin. Les romans de Pierre Magnan se dégustent comme un verre de bon vin en dégustant un plat de la cuisine roborative qu’appréciaient nos anciens.

Un bémol, Laviolette qui n’est pas encore à la retraite, a une petite soixantaine d’années et se considère comme un vieux, j’ai le même âge et je ne partage pas son point de vue (sauf lorsque je plie les genoux). Qu’on se le dise.