Une question revient régulièrement sur les forums ou Facebook. De jeunes ou moins jeunes auteurs débutants se demandent comment se faire publier et à quel type d’éditeur faire appel.

Les réponses données sont très variables et dépendent fortement de l’expérience voire des idées plus ou moins reçues de ceux qui les professent. Je voudrais donc faire un point sur les solutions qui se présentent à l’aspirant écrivain en essayant de faire la part des avantages et des inconvénients de chaque formule. Mon analyse se penche plus particulièrement sur les romans en sachant qu’une part importante des livres édités sont des mémoires, des livres sur des thèmes historiques, techniques, politiques etc…

La situation actuelle se caractérise par un grand nombre d’offres éditoriales en raison de l’explosion de l’édition numérique sur Internet qui ne rend pas facile le choix d’un éditeur.

L’édition à compte d’éditeur : C’est la voie royale, celle dont tout aspirant écrivain rêve. En particulier s’il s’agit de l’un des grands éditeurs (Gallimard, Grasset, Flammarion, le Seuil et j’en passe).

Les avantages sont très importants. Tout d’abord, votre roman avant d’être publié a subi une sélection rigoureuse, surtout si vous n’avez aucune recommandation et que vous n’êtes pas connus dans un domaine autre que la littérature. Toutes les opérations de correction et de mise en forme du manuscrit seront prises en charge gratuitement par l’éditeur qui en assurera également la promotion. Votre bouquin sera présent sur les rayons des libraires et la réputation de votre éditeur peut éventuellement vous ouvrir les portes des médias (radio, télé, journaux) qui font vendre. Vous toucherez souvent une avance sur vos futurs droits d’auteur. Votre éditeur aura tout intérêt à vendre votre livre pour l’édition duquel il aura investi de l’argent s’il veut en tirer un bénéfice.

Les inconvénients existent, vous cédez vos droits sans aucune limite et il ne sera pas possible de changer facilement d’éditeur d’autant plus que le contrat peut prévoir un certain nombre d’œuvres futures pour lesquelles votre éditeur aura une préférence. Le pourcentage des droits d’auteur qui vous reviendra sera en général moins important que celui que vous proposera un éditeur en ligne. En outre, votre manuscrit devra être, en général, envoyé imprimé ce qui ajouté aux frais postaux peut nécessiter un budget qui finira par être non négligeable.

L’inconvénient majeur réside dans vos chances d’être retenu par le comité de lecture, ces éditeurs reçoivent des centaines de manuscrits pour en retenir quelques dizaines (tous éditeurs confondus). Si vous êtes sûr de votre talent que vous avez la patiente d’attendre des mois avant d’avoir une réponse n’hésitez pas envoyez votre manuscrit.

Sachez qu’il existe d’autres éditeurs moins connus qui sont souvent situés en province. Ils privilégient parfois les auteurs régionaux mais pas toujours et ils acceptent plus facilement les manuscrits soumis par mail. Pour les connaître faites le tour des groupes Facebook consacrés à la littérature, ou consultez des listes publiées dans les forums d’auteurs.

Ces éditeurs sont souvent moins exigeants et en tous cas plus ouvert aux talents inconnus, cela vaut le coup de tenter votre chance. Afin de vous éviter des déconvenues étudiez attentivement la ligne éditoriale des éditeurs et voyez si votre roman correspond bien à celle-ci. Dans le cas contraire vous allez perdre du temps et la déception sera inévitable.

L’édition à compte d’auteur : Dans ce cas l’auteur confie la confection et l’impression de son bouquin à un « éditeur » contre un paiement plus où moins important, parfois déterminé à la tête du client. Une variante consistera à vous obliger à acheter un nombre minimum d’exemplaires. Mon premier mouvement serait de dire « à proscrire absolument », mais à la réflexion je serai (à peine) plus nuancé.

L’avantage de ce type d’édition est d’être assuré de la publication de votre œuvre, si vous choisissez bien l’éditeur vous aurez un produit fini qui ressemblera à un livre issu de l’édition traditionnelle.

Les inconvénients sont très nombreux, d’abord le coût, parfois très élevé, puis la certitude que votre éditeur ne fera pas grand-chose pour vendre votre livre. Mettez-vous à sa place son boulot c’est de trouver des personnes prêtes à payer pour être éditées pas de vendre leur livre. Sa marge est faite dès que vous avez signé votre contrat, pourquoi se décarcasserait-il pour vous ? A l’issue de cette opération vous allez vous trouver avec un stock de livres que vous serez chargé de commercialiser.

Il est difficile de recommander ce type d’édition, la seule exception possible concerne les auteurs qui n’ont pas été retenus par un autre type d’éditeur et qui veulent néanmoins voir leur livre publié sans se donner la peine de le mettre en forme et d’assurer les corrections. Si vous avez beaucoup de relations qui seront prêtes à vous en prendre un exemplaire pour vous faire plaisir, la note peut en être allégée. Ce type d’éditeur ne vous arnaque pas si leur contrat est clair et respecté, ils vivent en flattant votre égo et en alimentant vos rêves et puis tout le monde vous rappellera que Proust a commencé à publier « la recherche » à compte d’auteur, mais à son époque il avait beaucoup moins de choix qu’aujourd’hui. Je suis prêt à parier que Proust aujourd’hui aurait pu s’auto-éditer jusqu’à ce qu’un éditeur classique ne détecte son immense talent. Entre nous soit dit si aucun éditeur y compris la catégorie que nous allons voir en suivant n’a voulu de votre bouquin, pourquoi ne pas essayer de vous mettre à la musique ou à la peinture ?

L’éditeur en ligne type Edilivre ou Les éditions du net (liste non exhaustive) : Dans ce cas, vous soumettez votre manuscrit à une maison d’édition qui se contentera d’un service minimum. L’éditeur, selon le cas, effectue où pas un tri, refusant les bouquins trop mal écrits ; il mettra où pas votre manuscrit en forme gratuitement et assurera une impression à la demande ainsi qu’un référencement sur les sites des librairies en ligne, il effectuera également les démarches administratives nécessaires pour obtenir l’ISBN. En général il vous offrira des services payants allant de la couverture personnalisée à la correction du texte par un professionnel, en passant par diverses opérations publicitaires censées mettre votre livre en avant.

Ici l’avantage est de limiter votre participation financière qui peut même être nulle si vous ne souscrivez à aucune des offres payantes de l’éditeur. Vous n’avez pas de stock obligatoire à gérer et un contrat d’une durée relativement courte qu’il est d’ailleurs possible de dénoncer avant son échéance à un prix plus ou moins élevé. Ce contrat n’est pas toujours exclusif et rien en vous interdit de continuer à prospecter à la recherche de l’éditeur idéal. Il vous offrira la plupart du temps des pourcentages de droits d’auteur plus élevés que les éditeurs de la première catégorie.

L’inconvénient est que l’éditeur n’assurera pas la promotion de votre livre (sauf service payant) et que la sélection qu’il assure est trop légère pour vous assurer de la qualité de votre œuvre. De plus votre livre ne sera pas disponible dans les librairies sauf sur commande et que donc personne ne l’achètera après l’avoir feuilleté au hasard sur un présentoir.

Je recommanderai ce type d’édition aux auteurs qui se sentent assez sûrs de la qualité de leur écriture et qui malgré le refus des éditeurs classiques ne se résignent pas à garder leur manuscrit dans leur disque dur. Il faut faire une bonne partie du travail comme la correction du texte, mais des logiciels de plus en plus performants peuvent vous y aider, et assurer la promotion de votre ouvrage. La correction faite par l’éditeur qui est présentée parfois comme incontournable ne me paraît pas si indispensable que ça. Sachez que si votre manuscrit est bourré de fautes et/ou de coquilles aucun éditeur ayant pignon sur rue ne dépassera les premières pages, il est donc indispensable de fournir un manuscrit relu et corrigé quel que soit le mode d’édition choisi. Quant à la question de la promotion, des petits éditeurs ne vous feront pas bénéficier d’une couverture médiatique importante, vous devrez y mettre du vôtre également. Ce mode d’édition peut, si votre texte est de bonne qualité, déboucher sur une publication par un véritable éditeur. C’est actuellement le cas pour certains auteurs Edilivre, dont votre serviteur.

L’auto édition : Elle s’apparente beaucoup à la catégorie qui précède. La différence fondamentale est l’absence de contrat et le fait que tout le travail vous incombe. Des solutions hybrides existent, des prestataires peuvent faire une partie du travail à votre place contre une rémunération qui peut être réduite. Cette forme d’édition est particulièrement adaptée à la vente sous forme numérique mais vous pouvez trouver un imprimeur qui produire le livre sur papier à un coût inférieur à l’édition à compte d’auteur. Les inconvénients et les avantages que procure l’auto édition se rapprochent également de ceux que je viens d’exposer. La liberté en plus.

 

En conclusion je dirai que la technologie actuelle ouvre grande les portes de l’édition à un grand nombre d’auteurs dont les œuvres ne seraient jamais sorties de leurs tiroirs il y a une dizaine d’années. C’est une chance pour tous et dans la masse des livres ainsi publiés il existe des perles qui méritent d’être placées dans la lumière. Ne boudons pas notre plaisir même si a contrario les catalogues des éditeurs en ligne sont encombrés d’œuvrettes écrites dans un Français approximatif, à vous de séparer le bon grain de l’ivraie. Vous connaîtrez la satisfaction de faire connaître un auteur inconnu surtout si vous prenez bien soin de faire connaître votre avis sur tous les supports à votre disposition (d’Amazon ou la FNAC à Babelio, en passant par Booknode.)